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Opéra de Vichy : l’envers du décor

opéra vichy

L’Opéra de Vichy. Sa salle, son prestige, ses spectacles. Depuis toujours, l’Opéra vichyssois accueille les plus grands. Les plus grands artistes, les plus grandes compagnies, les plus belles réalisations.

Grâce, majesté, perfectionnisme, talent sont toujours au rendez-vous. Sueur, force, minutie, stress aussi. Dans l’ombre, une fourmilière de femmes et d’hommes s’anime. Sur scène ou en coulisses, la passion du spectacle est omniprésente. Et ce, depuis 1901...

Immersion dans les coulisses du ballet La Belle au bois dormant par la compagnie Yacobson

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Il est à peine 10 heures dans la rue du Parc. Un semi-remorque immatriculé en Russie est garée en double file. Une dizaine d’hommes s’active autour. C’est l’heure du déchargement des décors. L’une après l’autre, toutes les malles entassées dans le camion sont descendues puis emmenées sur scène ou en coulisses.

« Ça va mieux ton épaule ? » demande un des gars, pendant qu’un autre sifflote un air de musique classique. La bonne ambiance règne. Et pour cause : « Parfois, nous avons cinq semi-remorques à décharger », indique Thierry Piessat, le régisseur général de l’Opéra. Il annonce : « On devrait avoir fini d’installer à 18 heures. »

« Là, c’est essentiellement des toiles », explique Thierry Piessat : « Il n’y a plus que les Russes qui font ça mais on ne se plaint pas, c’est beaucoup plus simple pour nous ! C’est de l’opéra à l’ancienne, mais le rendu est superbe. »

Trois tableaux se succèdent durant ce ballet. Pour chaque tableau, les décors s’organisent autour d’une dizaine de perches auxquelles sont suspendues les toiles. Afin de créer un décor plus vrai que nature, chaque tableau comporte : une toile de fond, 4 pans de pendrillons et 4 pans de frises. Le tout donnant un effet de perspective, depuis la salle, impressionnant.

L’installation

« 67, on envoie ! » ; « On en est où du perchage ? » ; « Tu painteras après ! » Mais que disent-ils ? Quel est ce langage ? Celui de l’opéra ! Le 67 étant le numéro de la perche ; « painter » en rapport avec le nom donné aux poids que l’on pose sur les perches, les paints.

Si, aujourd’hui, ces termes se font rares, à Vichy, ils sont encore monnaie courante. Le système de cintres de la salle est d’origine. Ainsi, seulement 5 perches sont électriques. Fred, un des intermittents du spectacle appelés pour le week-end, rappelle : « À l’opéra de Clermont-Ferrand tout est automatisé. » Avant d’ajouter : « De toute façon, c’est un métier qui va disparaître... »

Le travail est dur, certes, parfois même dangereux, et pourtant. Il est possible de lire dans les yeux de François, cintrier permanent à l’Opéra de Vichy, un attachement à ce métier et, entre les gouttes de sueur, une certaine fierté à l’exercer. Arrivé en 1977 à l’Opéra en tant que saisonnier, il s’est, petit à petit, fait sa place. Son expérience a joué en sa faveur : « Il faut bien connaître le système de cintres de Vichy pour le manier correctement, il est unique. » Tout à coup, les gars en bas crient : « Ça a carrément cousu là ! » Autrement dit, les toiles se sont mélangées entre elles lorsque les cintriers, Fred et François, levaient les perches. Apparemment, cela arrive assez fréquemment. Thierry Piessat en a l’habitude.

Comme il le dit : « Mon job c’est de permettre la faisabilité du spectacle. » Un problème, une question ? Il doit trouver une solution. Aujourd’hui, c’est presque devenu un réflexe.

À 56 ans, Thierry Piessat a passé 38 années entre les murs de l’Opéra. Tout d’abord en tant que saisonnier durant ses études de comptabilité, puis en tant que cintrier, chef machiniste et, enfin, depuis 1999, sous la casquette de régisseur général. Autrement dit, il est l’homme à tout faire de l’Opéra. C’est d’ailleurs ce qui lui plaît dans ce métier : « J’étais pas fait pour travailler dans un bureau, là on ne fait jamais la même chose. » Des tâches manuelles à la gestion des intermittents sans oublier, bien sûr, l’adaptation des décors, tout passe entre les mains de Thierry Piessat.

 

Les petites mains

30 minutes avant l’entrée sur scène. La loge des habilleuses est prise d’assaut. Un bouton s’est décousu, un corsaire est taché, les danseuses se pressent dans le couloir pour qu’on les aide à boutonner leurs tutus. C’est la course et pourtant le but du jeu est de rester calme.

 

Contrairement à certains machinistes qui sont des « permanents » à l’Opéra, Cathy et Annie sont des intermittentes du spectacle. Si Annie a dernièrement décidé de lever le pied et, donc, d’accepter de perdre son statut d’intermittente du spectacle, Cathy, elle, diversifie ses activités afin d’obtenir ses 507 heures annuelles obligatoires.

Et même si elles ne savent pas « de quoi demain est fait », elles ne regrettent rien de leur choix de vie remplie de galères, de stress mais surtout de solidarité et de rencontres.

En montant les escaliers, une odeur de laque envahit le couloir. La loge des coiffeuses est proche. Aucun bruit ne se dégage de la pièce. Les danseurs arrivent tour à tour. Quelques paroles sont échangées en russe entre eux mais très peu avec les deux coiffeuses. Certains flirtent sur les réseaux sociaux, d’autres semblent très concentrés. Depuis les microphones, on entend les répétitions se déroulant sur la scène. Parfois, des noms sont appelés à venir s’entraîner.

Deux petites mains avec un bon réseau

Si les habilleuses et coiffeuses s’agitent dans les derniers moments de préparation d’un spectacle, il y en a un qui agite ses neurones bien en amont. Il s’agit de Thierry Duclos, le producteur du ballet.

 

Les étoiles scintillantes

Répéter les mêmes mouvements encore et toujours, chercher la perfection, remettre son ouvrage cent fois, deux cents fois sur le métier. Voilà à quoi ressemble le quotidien d’un danseur de ballet. Iaroslav Timofeev, danseur dans la compagnie Yacobson en sait quelque chose.

Ce jeune russe de 29 ans a débuté la danse à l’âge de 14 ans : « C’est ma mère qui m’a poussé à danser. J’ai juste suivi ce qu’elle me disait de faire », raconte-t-il. Sa passion pour la danse commence réellement à naître lorsque, à l’âge de 18 ans, il fait ses premiers pas sur scène : « Ça a été le déclic. »

Après que ses parents ont déménagé au Canada, il retourne en Russie, à Saint-Pétersbourg : « Il faut aller là où on peut danser. A Saint-Pétersbourg, il y a 5 lieux où l’on peut apprendre et pratiquer la danse. » Il intègre ainsi une des plus prestigieuses écoles de danse russe : l’école Vaganova.

Si le futur est toujours imprévisible pour un danseur, Iaroslav espère pouvoir pratiquer son art encore jusqu’à ses 35 ans. Mais pas dans le classique : « Le ballet, ça doit être beau et parfait. » Des objectifs de moins en moins réalisables avec l’âge et un corps de plus en plus fatigué. Pour l’instant, Iaroslav s’entraîne et répète avec la cinquantaine d’autres danseurs de la compagnie Yacobson.

Le rythme lorsqu’ils sont en tournée est, à quelques exceptions près, toujours le même : deux ou trois représentations sur un même scène puis un jour de voyage. Chaque journée passée hors du bus s’orchestre autour des répétitions et de la représentation du soir.

En moyenne, les danseurs ont entre trois et cinq heures de danse par jour, sans compter le spectacle. Pourtant, Iaroslav confie : « C’est beaucoup plus de temps dans la réalité. » Il explique : « On a des entraînements tous les jours, certes, mais, après, c’est surtout dans la tête. On imagine tous nos mouvements, comment on va les réaliser... »

Ces mouvements, dont parle Iaroslav, sont appris, corrigés et re-corrigés par Veronika Ivanova, la maître de ballet. Avec une posture et une élégance incroyables, elle guide ses danseurs dans les moindres détails. On lance la musique, on arrête, on recommence, on arrête de nouveau... Veronika Ivanova a les yeux partout. Grâce à son expérience, elle montre à ses jeunes danseurs les postures à prendre, les pas à réaliser.

Derrière, des danseuses s’exercent à la barre. Les muscles se contractent lors de la montée sur les pointes, on aperçoit quelques grimaces sur certains mouvements. Plus encore que la précision, c’est la perfection et la grâce qui sont recherchées.

Le lever de rideau

Premières notes. Premiers pas. Premiers changements. Tout s’enchaîne comme sur du papier à musique. On pense alors aux machinistes à l’arrière, aux cintriers perchés au-dessus de la scène attendant leur tour dans leur salon, aux habilleuses, aussi, prêtes à résoudre, avec leur aiguille, n’importe quelle situation.

Les danseurs, eux, sont bien différents de ceux aperçus lors des répétitions. Aucune marque de douleur, de difficulté ne se lit sur leur visage. Ils jouent leur rôle, exécutent leurs pas, leurs mouvements dans une illusion de facilité déconcertante.Trois heures plus tard, le public est conquis. Et si Iaroslav disait, en coulisses : « Notre travail c’est de faire croire que c’est facile », alors l'objectif est atteint.

Source : www.lamontagne.fr

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