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Nathalie Thomas, l’art d’un soin différent !

Les carnets économiques du territoire

Nathalie Thomas est art-thérapeute ! Art-thérapeute ? Un nom qui résonne désormais dans nos têtes sans trop savoir à quoi il correspond vraiment. L’occasion pour elle d’expliquer avec passion ce soin par l’art qui a changé sa vie et son  parcours professionnel atypique.

Du haut de ses 42 ans, cette lyonnaise d’origine  peut contempler une première tranche de vie bien remplie, aux expériences professionnelles riches et variées.

Danseuse contemporaine épanouie, la jeune Nathalie se blesse gravement à 21 ans. Une fin de carrière cruelle et brutale qui la pousse néanmoins à aller de l’avant « dès mes 20 ans et avant ma blessure j’ai su que je devais reprendre des études. J’ai suivi un parcours de Lettres Modernes, puis les rencontres et opportunités ont guidé ma vie ».

Happée irrémédiablement par le monde culturel son premier poste en 1998 est celui de chargée de communication et de développement culturel pour la ville de Châteldon (63). Elle y créée une petite saison culturelle d’été, lance des résidences d’écrivains et découvre une nouvelle approche de l’art, au plus proche de ceux qui dessine ce monde.

Une vie professionnelle au service des artistes

Montée à Paris au début des années 2000, elle prend le poste de coordinatrice administrative et financière de l’Institut National d’Histoire de l’Art. Formée par la vie et le terrain comme elle aime le rappeler, Nathalie Thomas porte l’indépendance et la liberté en étendard : « cet institut national m’a proposé de me titulariser, je suis partie, malgré le plaisir que j’avais à travailler dans ce lieu. J’avais besoin de liberté et l’envie de m’occuper plus directement des artistes et de leurs problématiques ». Une nouvelle vie se construit alors au service de trois compagnies pour qui elle est une chargée de production efficace et déterminée « le fil conducteur de ma vie a toujours été la défense de l’écriture contemporaine dans tous les domaines. Pour moi il s’agit d’une des notions les plus vivantes pour notre société. Ces artistes-créateurs interrogent, bousculent, dérangent et nous font avancer avec eux ». Tout naturellement elle devient de 2003 à 2005 consultante en gestion de carrière artistique pour l’INFREP (Institut National Formation Recherche Education Permanente) et accompagne des artistes, illustres ou inconnus qui ont perdu leurs droits d’intermittence ou qui se noient dans un système trop souvent complexe.

Maintenant je fais quoi ?

En parallèle Nathalie Thomas n’oublie pas sa vie artistique, elle écrit des scenarii pour le cinéma et la télé, anime des ateliers d’écriture pour la fondation « Innocence en danger » et vibre intensément au rythme de l’écriture poétique qu’elle dit vivre comme « une nécessité vitale ».

En 2008, devenue maman, elle se rapproche de sa famille installée à Vichy et devient la chargée de développement du Geyser de Bellerive. Une aventure de 3 ans où elle donne sa chance à de jeunes artistes  et à de nouvelles formes d’art « avec le Geyser j’ai donné vie à ma fabrique de rêves » confie-t-elle avec émotion. En 2011 en fin de saison et de contrat la question se pose évidente et inquiétante «maintenant je fais quoi ? ». Décidée à changer de voie tout en continuant les routes qui sont siennes, Nathalie Thomas décide de se former à l’art-thérapie, « dans mon parcours j’ai souvent été confrontée aux douleurs mentales et j’ai découvert l’art-thérapie. Mais à l’époque j’avais besoin de faire d’abord un travail sur moi avant d’aider les autres ».

Un an de formation complète

Prête et sure de son choix elle se lance en 2012 dans une formation par correspondance auprès de l’école PROFAC, la seule fournissant un diplôme reconnu par l’état.  Grâce à ses équivalences et son parcours dans l’histoire de l’art elle suit en un an une formation complète. Elle se familiarise ainsi avec la psychanalyse, la psychopathologie ou l’étude des psycho-traumatismes.

Pour  sortir de la théorie des livres, elle effectue aussi 5 mois de stage auprès des art-thérapeutes du centre hospitalier  Sainte Marie de Clermont-Ferrand, et de l’IME l’aquarelle de Bellerive. Auprès d’hommes et femmes aux besoins bien réels, elle est certaine d’être là où il faut.

Depuis le 1er juillet dernier, elle fait partie de l’association Aparthé (Association pour la Promotion de l’Art Thérapie) qu’elle a créée avec trois femmes issues du monde culturel, de l’économie sociale et solidaire et de la psychologie clinique. Rémunérée en tant que contrat aidée, elle accueille sa première patiente en août 2014.

« L’art-thérapie est une méthode de soin non médicamenteuse, qui en travaillant dans le champ de la psychologie permet de remobiliser la capacité créatrice » explique-t-elle précisément. Car si tout le monde nait avec cette créativité en lui, elle peut, au fil des épreuves et du temps s’effacer. Un manque cruel face aux douleurs psychiques, qui peuvent être atténuées ou guéries par une « pulsion de vie » insufflée par cette capacité créatrice. Alors, par le dessin, l’écriture, le collage ou la pâte à modeler, les formes d’expression qu’elle maitrise, Nathalie aide ceux qui en ont besoin à sortir du brouillard et mettre un peu de couleurs dans un monde devenu bien terne. Du traumatisme lourd aux personnes luttant contre une maladie, en passant par les passages à vide suite à un divorce ou un licenciement, l’art-thérapie offre des réponses adaptées, « par petits groupes ou en individuel, les séances permettent la rencontre d’humain à humain. Sans jugement de valeurs ou d’interprétation du produit créé, on ouvre des liens et la parole ».

Lutter contre la souffrance au travail

Ce travail intime de compréhension de soi et de valorisation de l’être, Nathalie Thomas souhaite aussi le développer dans tous les lieux de travail qui sont marqués par la souffrance de leurs employés. Difficultés d’intégration d’un collaborateur, besoin de resserrer des liens  ou de désamorcer une crise les exemples de douleurs psychiques au travail sont nombreux et touchent tous les métiers. « Mon travail peut être aussi réalisé en amont, comme prévention à ses blessures professionnelles violentes et destructrices » explique l’art-thérapeute.

Les prochains objectifs de la praticienne sont simples, sortir du statut de contrat aidé et  vivre de son métier. Elle recherche d’ailleurs un lieu non isolé où elle pourrait exercer son activité, en accueillant les personnes distinctement tout en trouvant des synergies sur place.

Au fil de ses séances ouvertes à tous ceux qui souffrent, cette dernière délie les paroles et les fils que la vie a emmêlés. Avec les armes culturelles qui sont les siennes, Nathalie Thomas aide donc ses patients à écrire des pages d’avenir moins noires, réconciliées avec soi et les autres.

 

Nathalie Thomas / association Aparthé

07 81 13 47 48

nathalie.thoma@yahoo.fr

 

Rédaction : Bénédicte Rollet