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Musée Boucheix

Les carnets économiques du territoire

Unique musée d'un surréaliste vivant

Le musée Boucheix donne des couleurs au bassin de Vichy

Si Salvador Dali a été l'homme le plus original de son temps, extravagant et maître incontesté de la peinture surréaliste, le jeune peintre qu'il découvrit à la fin des années 1960 marquera, lui aussi, le surréalisme de son empreinte. François Boucheix est son nom et la peinture toute sa vie. L'enfant des Monts d'Auvergne, du petit village de Montcheneix, a aujourd'hui 70 ans et des toiles aux quatre coins du monde. Son musée, situé rue Sornin à Vichy, unique musée en France d'un surréaliste vivant, fait la fierté de l'agglomération et de toute l'Auvergne.   

En effet, au moment où les surréalistes se réunissaient à Montparnasse ou Place Pigalle, quand André Breton, Salvador Dali, Ernst, Picasso ou encore Yves Tanguy parlaient inlassablement du surréalisme comme « une façon d'être et de regarder le monde au gré des passions et de l'imagination, pure et dégagée de tout carcan », le jeune Boucheix tentait de survivre grâce à des petits boulots dans son Auvergne natale. Mais le dessin et la peinture ont bercé toute son enfance. Et quand l'autodidacte monte à Paris en 1963, lors d'une exposition à la Galerie de Sèvres, il ouvre son propre chapitre surréaliste. Il ne le savait pas à cette époque, mais François Boucheix prolongera la vie de l'empire des grands peintres du XXe siècle jusqu'au troisième millénaire. Aujourd'hui encore, il n'est pas un jour où l'artiste heureux ne prend pas ses pinceaux.

Vichy comme citadelle du surréalisme

Il faut savoir s'écarter de la réalité, lui tourner parfois le dos même au risque de lui déplaire, afin de l'exalter au mieux. La réalité est tantôt occulte, tantôt amère et parfois extraordinaire. Mais elle ne peut être que merveilleuse quand elle se conjugue avec la surréalité. Les deux se complètent, s'entrechoquent, s'améliorent ensemble en tentant de saisir la vérité. « L'œil existe à l'état sauvage, écrit brillamment André Breton dans son style incantatoire habituel ; je peux voir ce qui n'est pas visible si je me fie à une ligne purement intérieure »

Mais contrairement aux surréalistes tristes ou moroses, François Boucheix est un rêveur, un peintre très joyeux. C'est l'éternel enfant qui peint la beauté de la vie de tous les instants. Le bonheur se lit sur ses tableaux, là où les chevaux jouent du violon et les coqs chantent la joie de vivre tous les matins. Les coqs sont musiciens, comme dans ses bronzes d'ailleurs, et les cerises des notes de musique. Au fil des traits et des va-et-vient du pinceau, François Boucheix peint un bonheur surréaliste. Surréaliste, certes, mais quel bonheur!

Ses histoires et ses rêves passent tous par le crayon, le croquis puis le pinceau. Plus vite que les instants fugaces, la plombagine parcourt ainsi la toile, la trace, l'esquisse et l'agrémente pour qu'elle devienne théâtre. Mais chez François Boucheix la toile est polyphonique, multicolore et captivante. Elle représente forcément la vie, la joie, l'alacrité, l'enthousiasme et l'allégresse sous toutes les coutures. Le surréaliste s'interdit d'être triste bien sûr ; il n'aime pas le lugubre. Ainsi peint-il des chevaux ailés, chamarrés, bariolés et débordants d'énergie. Ses chaises, souvent récurrentes, sont aussi vivantes et heureuses, reposantes surtout. Et pour apprivoiser le temps, afin de le saisir de toutes ses forces, le peintre l'emprisonne dans des pendules surréalistes mais ô combien réelles dans l'imaginaire de tout un chacun !

Au musée Boucheix, le temps n'est pas une valeur sûre, le temps n'est pas une inquiétude. C'est, avant tout, un bonheur maîtrisé. Sont alors accrochées aux murs, éternisées par des tableaux magnifiques intemporels, Les Pendules des fleurs et du printemps, Les Pendules des oiseaux musiciens et une suite d'horloges qui n'ont pas peur du temps.

Le surréaliste les peint avec son cœur et se livre sans limites à son imagination sincère et débordante, sans jamais se poser de questions. Il esquisse plus vite que le temps pour aller plus loin, pour être plus fort. « A quoi peut bien servir le temps si ce n'est à mettre en accord le passé et le futur », confie-t-il, satisfait, en observant la Nature morte musicale, qui rend hommage à son maître Salvador Dali et aux Montres molles.

Quand en 2006 il devait ouvrir son musée et arrivé à l'âge où Salvador Dali créa le sien, François Boucheix a naturellement choisi le bassin de Vichy. Le Rochefortois qui a exposé ses peintures aux quatre coins du monde ne peut pas s'éloigner de sa terre d'Auvergne. Il a donc posé ses pinceaux à Vichy car, dira-t-il, « c'est une ville à l'écoute du monde, qui a une grande Histoire et une culture extraordinaire ».

Il a installé, rue Sornin, son royaume surréaliste riche de quelque 350 peintures et bronzes, habitant jour et nuit les sept salles d'exposition. Comme dans une féerie, ces lieux bigarrés, enluminés et brillant de mille couleurs mille convoitises, accueillent chaleureusement le public. Les oiseaux jouent du violon, les cerises composent leurs quintettes et les chaises dansent admirablement sous le regard émerveillé de la lune et du soleil. Les pendules, elles, égrènent le temps en se jouant de lui, s'appesantissent tandis que le visiteur sillonne, heureux, le fabuleux monde surréaliste.

Peintre sculpteur, peintre chanteur, peintre musicien, peintre enchanteur, peintre toujours rêveur après cinq décennies à portraiturer la beauté de la vie à travers ses toiles et ses bronzes, François Boucheix est aujourd'hui le gardien du temple du surréalisme. Il veille au grain depuis sa tour de contrôle à Vichy et fait rêver quiconque franchit l'entrée de son musée.

 

3 questions à François Boucheix

Qu'est-ce que le surréalisme en 2010 ?

C'est tout simplement le rêve, l'envie de croquer la vie à pleines dents. Pour moi ça a toujours été pareil. Je suis un surréaliste heureux et joyeux, rêveur surtout. Mes peintures sont portées par les symboles de la vie et les gens doivent rêver en les appréciant.

Pourquoi avoir choisi le bassin de Vichy pour installer votre musée ?

Ses parcs, son charme, ses fleurs, sa culture et son Histoire m'ont toujours séduit. J'ai de très beaux souvenirs du Casino de Vichy pour y être resté deux mois dans ma jeunesse et j'ai voulu, d'ailleurs, l'immortaliser en lui consacrant sa propre peinture surréaliste. Je l'ai peint dans son esprit de la Belle Epoque, avec des chaises dans les jardins, des danseurs et beaucoup d'oiseaux heureux de chanter. Mais je trouve surtout que ce territoire est ouvert sur le monde et représente dignement l'art dans sa généralité. Je regrette cependant le fait d'être plus connu à Chicago qu'à Vichy. Si le territoire peut s'enorgueillir à juste titre de détenir l'unique musée d'un surréaliste encore vivant en France, la ville de Vichy doit aussi rendre compte de tout ce que nous faisons et nous aider pour mieux nous épanouir.

Qu'avez-vous à dire aux amateurs de la peinture ?

Venez visiter mon musée. Je vous accompagnerai et vous expliquerai les inspirations de mes sujets, la façon dont évoluent mes toiles. Je vous raconterai également l'histoire de chaque tableau. Venez nombreux, je vous promets de beaux voyages.

 

François Boucheix en quelques dates :

1960 : Première exposition en Tunisie

1963 : Galerie de Sèvres. Découverte des grands noms du surréalisme.

1972 : Après six ans d'exposition, il rencontre Salvador Dali

2006 : Création du musée François Boucheix à Vichy, 7 rue Sornin. Après quatre décennies consacrées à la peinture et à des dizaines d'expositions à travers le monde entier (Bâle, Chicago, Berlin, Zurich, Tunisie, Tokyo, Riad, Bruxelles, Dubaï…), le surréaliste a choisi le Bassin de Vichy pour une meilleure représentation de l'œuvre de sa vie.

www.boucheix.com