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Cavilam : retour aux sources

Le jeune facteur égyptien avait découvert la France au Cavilam, en 1966. Il y est revenu, pour la première fois, la semaine dernière. Quarante-neuf ans sont passés. Mansour Awad est aujourd’hui traducteur-interprète à Paris. Et Français.

Soudain, une petite larme perle sous ses lunettes embuées. Au moment de franchir le seuil de la salle de classe, l'émotion, jusque-là contenue, devient trop forte.

En une fraction de seconde, Mansour Awad se revoit soudain tout jeune stagiaire au Cavilam de Vichy, à l'aube de sa vie, en 1966. Là même où, selon lui, son destin a basculé.

« Depuis le temps qu'il me parlait du Cavilam ! »

L'ancien facteur égyptien, aujourd'hui âgé de 72 ans, n'était jamais revenu à Vichy. Il en aurait pourtant eu mille fois l'occasion. Ce nostalgique de la France était en effet très vite revenu vivre à Paris. Où il s'est forgé, au fil du temps, une belle carrière d'expert traducteur-interprète, régulièrement sollicité par la police et les tribunaux français.

Ce retour dans le temps, Mansour le doit à Martine, son épouse. « Depuis le temps qu'il me parlait du Cavilam et de Vichy, sourit celle-ci. Un jour, j'ai pris le téléphone et je me suis arrangée pour qu'on puisse aller y faire un petit tour, sans rien lui dire ».

Pour Mansour, la surprise a été totale. « Je savais qu'on devait passer à Vichy et j'avais juste prévu d'aller renifler autour du Cavilam ». Sauf que Grégory Lasne, directeur adjoint de l'établissement linguistique, et Christine Barge, responsable des relations internationales, l'attendaient sur le perron. « Ils m'ont reçu comme un roi », s'enthousiasme l'ancien stagiaire de retour quarante-neuf ans plus tard.

Mansour a été invité à une visite guidée du Cavilam en bonne et due forme. Avec, cerise sur le gâteau, la participation à un cours de français, aux côtés de stagiaires coréens, sud-soudanais, libyens et guinéens. L'occasion pour lui de leur parler de son passage au Cavilam, quarante-neuf ans plus tôt, et d'évoquer son parcours atypique. « Je suis très ému aujourd'hui, s'excuse-t-il. C'est ici que j'ai appris à trottiner la langue française, à aimer la France et sa culture ». Plus précisément à deux pas d'ici.

Le Carnaval, les sources, les arcades…

« À l'époque, ces bâtiments (le pôle Lardy) n'existaient pas. On avait cours pas très loin, dans l'avenue des Célestins. Je me souviens qu'on entrait en rang en classe. Notre prof, c'était quelqu'un d'exceptionnel, il s'appelait Jean Ferrand. C'était les débuts de l'audiovisuel, il fallait répéter sans comprendre ».

Il se souvient aussi très bien de Vichy : « les sources, les arcades (galeries), le Carnaval, le petit hôtel où je séjournais… ». Il se souvient surtout que c'est là que sa vie a pris un nouveau sens. « Le Cavilam, ça a été ma première histoire d'amour avec la France. ». Une autre perle se forme soudain sous ses lunettes. « Pardonnez-moi, c'est l'émotion… ».

Parcours de migrant. Mansour Awad a passé quatre mois au Cavilam, entre mars et mai 1966. Ce facteur égyptien y était venu, avec quatorze autres compatriotes postiers, pour apprendre le français avant de suivre un stage professionnel sur la mécanisation du tri postal, dans le nord de la France. Le retour en Égypte a été compliqué. La dictature militaire, l’après guerre des Six-Jours, des conditions de vie difficile… « Je n’avais qu’une idée en tête : revenir en France ». En 1968, munis de tous les visas utiles et d’un sac-à-dos rempli de conserves, il parcourt 1.500 km, essentiellement à pied, pour rejoindre la France. Il est accueilli à Paris par un ami qui lui fournit un logement et 50 francs pour s’inscrire à la Sorbonne. Tout en travaillant à la préfecture de l’Essonne, il décroche une licence d’anglais et d’arabe. Se marie avec Martine, avec laquelle il aura deux filles. Puis se spécialise dans le métier de traducteur-interprète. Au point de devenir expert judiciaire près la cour de cassation. Il a été naturalisé Français en 1977.

Source : www.lamontagne.fr

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