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Industrie : la grande métamorphose des usines françaises

En pleine Semaine de l’industrie, ponctuée de forums de recrutement et de visites d’usines, voici les changements, exemples à l’appui, que le secteur employant 3 millions de personnes opère, ainsi que les enjeux qui leur sont liés.

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L'industrie française reprend des couleurs. Pour la première fois depuis la crise de 2008, on ouvre plus d'usines qu'on n'en ferme : 25 créations nettes ont été enregistrées l'an passé. En perte de compétitivité pendant trente ans face à une mondialisation acharnée, le secteur a décidé de se transformer en profondeur. Fini l'industrie lourde à la Zola, vive l'industrie innovante surfant sur les nouvelles technologies : robots, imprimantes 3D, algorithmes... pour augmenter la production ou consommer moins d'énergie.

Depuis 2015, l'Alliance industrie du futur (AIF), initiée par l'Etat, a déjà accompagné dans cette voie plus de 4 000 entreprises, PME et ETI. «Les investissements varient selon trois niveaux de transformation : moins de 80 000 €, en dessous de 200 000 € et au-delà de ce seuil», explique Tahar Melliti, le directeur général de l'AIF. Même les plus traditionnelles, comme les Fonderies Sougland s'y mettent. Créée en 1543, cette PME picarde fait partie de ces «vitrines du futur». Ce frémissement profite à l'emploi. «En janvier 2018, les industriels sont encore plus nombreux qu'en octobre 2017 à prévoir d'augmenter leurs effectifs au cours des trois prochains mois», lit-on dans le dernier bulletin trimestriel de conjoncture industrielle.

Vraiment ? Que penser alors de ces véhicules autonomes qui remplacent les chariots conduits par des manutentionnaires ? Pas de quoi s'inquiéter, clament les employeurs qui assurent vouloir améliorer les conditions de travail de leurs salariés. Ces derniers devront «monter en compétences», insistent-ils, pour suivre le progrès des machines. Connectée, l'usine du futur verra ainsi cohabiter humains et robots.

Tour d'horizon, à travers cet abécédaire, des principales facettes d'un secteur en pleine ébullition.

L'intelligence artificielle au secours de la manutention

À l'heure des objets connectés, des impératifs de productivité et du bien-être au travail, l'intelligence artificielle (IA) a une belle carte à jouer. De la cosmétique à l'électronique, en passant par l'automobile, tous les secteurs souhaitent rendre autonomes un bras manipulant des flacons ou un véhicule déplaçant des cartons, sans intervention humaine.

Les ingénieurs de Balyo, une société francilienne qui vend des appareils de manutention robotisés aux industriels, ont planché pendant sept ans sur l'IA. Depuis 2015, la PME dote de capteurs et de logiciels des chariots standards qui deviennent, de fait, intelligents. «Nos machines comprennent l'environnement dans lequel elles évoluent grâce à un système de localisation en temps réel, assure son président Fabien Bardinet. Elles sont donc capables d'effectuer toutes les tâches qu'un opérateur pourrait faire. Une bonne nouvelle car la manutention, c'est un monde extrêmement dur. En France, il y a 22 morts par an.»

Inventer de nouveaux modèles économiques 

La modernisation de l'industrie passe par l'élaboration de nouveaux modèles. L'Alliance industrie du futur croit en la  généralisation des plates-formes d'intermédiation» comme 3DExperience lancée début février par Dassault Systèmes. Cette place de marché met en relation les vendeurs et les fournisseurs de services de fabrication (impression 3D incluse) avec les acheteurs de prestations, pièces ou composants spécifiques.

Autre modèle : les usines collaboratives. Dans l'automobile par exemple, une seule ligne de production pourra dans les cinq à dix ans sortir des voitures de plusieurs marques et modèles, selon les commandes des clients situés à proximité. Enfin, la mutualisation de certains outils de production fait déjà ses preuves. Des TPE-PME ont ainsi accès à des nouvelles technologies avancées, à des conditions financières adaptées.

Mégadonnées et prises de décision optimisées 

Utiliser des données amassées au fil des ans comme celles liées à la température d'une salle ou aux vibrations par minute d'un outil pour rendre son usine plus performante. C'est l'objectif des industriels qui investissent dans le big data.

Air Liquide a ainsi déboursé 20 M€ pour analyser ses données de masse, stockées depuis quinze ans dans ses 22 usines françaises. Le géant du gaz industriel en collecte un milliard par jour via les 1 500 capteurs installés sur chaque site. «L'humain ne peut pas traiter ce flux de données. Les algorithmes que nous développons les analysent et, sur le terrain, l'opérateur prend de meilleures décisions grâce à cette connaissance», explique Olivier Delabroy, directeur de la transformation numérique. Ces informations sont scrutées en direct sur des écrans par des ingénieurs dans un centre de pilotage, à Saint-Priest (Rhône). Cela permet au groupe de réduire la facture énergétique d'une usine à Dunkerque (Nord) ou d'anticiper une panne à celle de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), à distance.

Des usines modernes plus compactes

A quoi ressembleront les usines du futur ? «Elles seront plus compactes, plus proches des clients, mieux réparties dans le territoire», estime Tahar Melliti, directeur général de l'Alliance industrie du futur. «On va assister à une recomposition industrielle dans les 20 prochaines années. Il n'y aura plus les pays occidentaux versus les pays à bas coûts comme la Chine car leurs prix augmentent déjà», pense-t-il.

Responsabilité durable oblige, les entreprises devront veiller à leurs émissions de CO2 et rapprocher leur production. «L'usine du futur sera plus économe en énergie et plus performante dans le traitement des déchets», ajoute l'Union des industries textiles. Dans ce secteur traditionnel peu robotisé, on insiste aussi sur la polyvalence des opérateurs. «L'automatisation ne sera pas systématique, prédit cet organisme. Il y aura beaucoup d'interfaces entre les hommes et les machines.»

Sécurité des hommes et protection des données 

Robotiser rime avec sécurité. Dans la manutention, l'arrivée de véhicules autonomes s'accompagne d'un plan de formation des opérateurs pour éviter, par exemple, de se faire renverser. «Si un obstacle entre dans une zone définie par ses capteurs, la machine s'arrête. On garantit une sécurité élevée car on est à l'intérieur, dans un environnement prévisible», explique l'entreprise Balyo, dont les chariots robotisés sont utilisés par des industriels.

En plus de leurs employés, les entreprises doivent protéger leurs précieuses données. «La cybersécurité est un pilier de la transformation numérique», confirme Air Liquide. Le spécialiste du gaz industriel fait ainsi appel à des consultants externes pour simuler des attaques et mettre en évidence des failles dans ses systèmes informatiques. «Il faut en permanence se remettre en cause pour être capable d'anticiper», conclut le groupe français.

Textiles innovants et production optimisée

S'il y a bien une activité qui revient de loin, c'est le textile. Autrefois fragilisée par la mondialisation, elle crée de nouveau des emplois. «Il est trop tôt pour savoir s'il s'agit de 500 ou 2 000 postes, mais on sait que les effectifs en 2017 ont augmenté», annonce Emmanuelle Butaud-Stubbs, la déléguée générale de l'Union des industries textiles. Une première depuis au moins 1950, selon l'organisme. Si le nombre d'entreprises continue de baisser, le chiffre d'affaires annuel de l'industrie textile est passé, en six ans, de 12,2 à 13,2 Mds€, porté par l'export notamment.

Grâce aux allégements fiscaux comme le CICE, des sociétés ont investi dans des machines à tisser plus performantes. «La production est mieux organisée», note Emmanuelle Butaud-Stubbs. Autre levier de croissance : l'innovation. En particulier pour les produits hors habillement, représentant 40 % de l'activité. Exemple ? La nappe anti-taches du tisseur vosgien Garnier-Thiebaut dont l'enduit repousse le liquide.

La réalité augmentée pour aider les salariés

Les usages de la réalité augmentée (RA), popularisée par l'application mobile Pokemon Go, ne s'appliquent pas qu'aux jeux. Les industriels voient dans la superposition d'objets virtuels à la réalité, sur l'écran d'un smartphone par exemple, l'opportunité de faciliter le travail des salariés.

Chez Air Liquide, un technicien peut être amené à utiliser les lunettes connectées de la PME rennaise AMA. Elles lui permettent de visualiser instantanément les flux de production notamment. En cas de problème technique nécessitant l'avis d'un expert, il peut transmettre le son et les images de l'environnement dans lequel il se trouve à un collègue spécialiste à distance. Depuis son écran d'ordinateur, ce dernier donne des indications visuelles en pointant une zone avec la souris. L'image apparaît en temps réel dans les lunettes de l'opérateur sur site, qui résout le problème sans obliger l'expert à se déplacer. Un gain de temps et d'argent. D'autres mastodontes, de l'automobile ou de l'aéronautique, se sont convertis à la RA, sur fond de course à l'innovation.

Investir pour entrer dans la modernité

Faire le grand saut de la modernisation suppose des investissements. Les industriels prévoient cette année de les augmenter de 4 % par rapport à 2017.

Symbole de l'industrie lourde depuis sa création en 1543, les Fonderies de Sougland à Saint-Michel (Aisne) ont pivoté vers des marchés à haute valeur ajoutée et font figure de modèle. «Notre exemple est unique en France, voire dans le monde», insiste son directeur général Yves Noirot. Depuis son arrivée en 2015, son projet stratégique repose sur le développement d'une nouvelle activité : la R & D intégrée. Celle-ci propose aux clients issus d'une centaine de secteurs (construction navale, cimenterie...) des solutions pour fabriquer des pièces sur-mesure, de 50 g à 1,5 t. Pour entamer cette mue, la PME, aidée par Bpifrance, a eu besoin de 400 000 € pour s'équiper de logiciels de simulation, de scanners et former ses équipes. Chaque année, elle investit 7 % de son chiffre d'affaires (6 M€ en 2017) dans la R & D. Présente dans 14 pays, la fonderie a prévu de réaliser la moitié de son activité à l'export, contre 17 % actuellement.

L'emploi préservé avec la formation

Trois ans après sa mise en oeuvre, le plan d'accélération industrielle 2014-2020 visant à créer 500 000 emplois dans le secteur pourrait même, selon le gouvernement, dépasser l'objectif escompté. Des métiers disparaissent, d'autres se créent, plus techniques. L'enjeu pour les entreprises est donc d'embarquer toutes leurs équipes dans ces mutations avec de la formation. Les «résistances au changement» doivent être dépassées, les ouvriers doivent apprendre par exemple à travailler avec un robot. Pour s'y retrouver, l'Alliance industrie du futur (AIF) est justement en train d'élaborer des fiches métiers par famille (maintenance, production...) et par niveau (opérateurs, techniciens, ingénieurs).

Très touchée ces dernières années par des suppressions de postes et des restructurations, la filière automobile aborde une nouvelle ère. Le 9e salon de l'emploi automobile, qui s'est tenu cette semaine à Paris, promettait 2 000 postes à pourvoir : chefs d'atelier, carrossiers, peintres... Avec l'arrivé des véhicules autonomes et électriques, il va aussi falloir des spécialistes de la robotique mobile, des statisticiens, ou encore des électriciens.

Source : www.leparisien.fr

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