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Les conversions à l'agriculture biologique explosent en Auvergne

Ce ne sont que quelques pourcents. Une minorité, mais une minorité grandissante. La France compterait 32.000 fermes bio, soit quelque 1,5 million d’hectares. Et 2016 a vu les conversions exploser en Auvergne.

auvergne bio

«Il y a la philosophie, et il y a l’économie », résume la Chambre d’agriculture. Un pragmatisme partagé par la plupart des exploitants.
Sortons donc de l’image d’Épinal de l’agriculteur bio pour parler concrètement. Il y a d’abord le savoir-faire. La technicité. Faire de la bio est difficile. Basée sur l’observation et l’anticipation. Les laitues ionisent les sols. Quelles plantes profiteront le mieux de cet apport la saison suivante ?

Voilà le genre de questions à se poser en bio. Sur toute une exploitation, c’est un casse-tête qui demande un grand travail préparatoire. « La bio est un travail sur un système global plutôt que parcelle par parcelle, explique la direction de l’établissement agricole de Marmilhat (Puy-de-Dôme). Il faut une vision plus large et de nouvelles compétences. »

À Marmilhat, la bio est un module obligatoire, parmi d’autres. Il n’y a pas de filière spécifique. « Nous, on parle d’agroécologie. La bio ne peut pas être une religion, nous nous devons de présenter la diversité des systèmes de production. Bio ou pas, l’agriculture est une activité humaine qui a donc un impact sur son environnement. » Une prudence dans les mots, mais un engagement plus marqué dans les actes. L’exploitation horticole de Marmilhat produit des plants biologiques qui sont ensuite livrés aux maraîchers. « Il y a un énorme manque de production locale. »

Les conversions suivent les aides financières

Voilà pour le savoir-faire. Mais la vraie question est : comment en vivre ? Il y a d’abord ces deux à trois ans de conversion. Les contraintes sans le label. Pour cette période, la Région possède un fonds d’aide de 600.000 €.
L’aide financière des institutions est primordiale. Il n’y a qu’à suivre la courbe des conversions en Auvergne. En 2010, elles sont multipliées par six. Pourquoi ? Tout simplement parce que le budget de la Région consacré à la bio a été, lui aussi, multiplié par six sur cette période, passant de 200.000 € à 1.300.000 € par an.

L’effet s’est ensuite essoufflé, stagnant à vingt conversions par département et par an. Et puis arrive le boum de l’année 2016. Hormis l’Allier qui voit ses chiffres baisser, les autres départements crèvent les plafonds. Cette fois-ci, c’est Sodiaal qui a décroché un marché bio et a incité les exploitants à suivre. Du pragmatisme agricole. Surtout en période de crise.

La Région mobilise 2,7 M€ par an pour la bio

La Région Auvergne-Rhône-Alpes a présenté en novembre un plan de développement, avec une enveloppe annuelle à peu près constante (2,7 M€),  réorientée vers les chambres d’agriculture. L’objectif est d’augmenter le nombre de producteurs de 30 % d’ici 2021.
Quant à l’État, le ministre de l’Agriculture a annoncé une augmentation de l’enveloppe pour la bio liée à la PAC 2015-2020. Une annonce que personne ne se risque à commenter tant elle est floue.

C’est le bout de la chaîne indispensable à la vie des producteurs : les magasins doivent résister à la tentation du marketing.
« Il y a quinze ans, on était une sorte de secte », plaisante Brice Chamard, à la tête de Bio Auvergne, à Clermont. Depuis deux décennies, l’homme a constaté des évolutions. « Aujourd’hui, il a deux consommateurs : celui qui achète parce que c’est bon pour lui et celui qui achète parce que c’est bon pour la planète. »
Ces derniers, Brice les appelle « les purs bio ». Des vieux de la vieille. De ceux qui n’achèteront pas un fruit trop beau, trop rond, trop parfait, parce que « c’est louche quand même ».

De l’autre côté du spectre, le nouveau consommateur. Certains étals affichent une dizaine de logos : sans gluten, végan, digestion facile… « La bio, ce n’est pas ça, annonce Brice. La bio, c’est revenir au temps des grands-parents. »
La nouvelle clientèle impose ses goûts. « On ne vendait que de la bouteille en verre. Aujourd’hui, il faut du Tetra Pak. Les gens veulent retrouver leurs habitudes de supermarché. »
Si son magasin est devenu rentable, le marché est attaqué par les grandes surfaces. « Elles avaient 40 % et nous 60 %. Maintenant, c’est l’inverse. Mais en supermarché, les gens n’auront jamais les conseils. Ici, tout le monde se parle. » La même différence qu’entre une librairie de quartier et un espace culturel en somme.

L’arrivée des supermarchés a surtout instillé le doute. « Les gens craignent que les normes soient moins rigoureuses sous l’effet du lobby. Pour le moment, ce n’est pas le cas. »
Les magasins spécialisés jouent aussi un rôle primordial pour les exploitations en conversion. Pendant deux à trois ans, elles ont les contraintes, sans avoir le label bio. « On les vend en précisant “en conversion”. Si on ne le fait pas, ils meurent. Et la bio avec. »

Quant aux prix, « si on suit la saisonnalité, on est très peu cher au final. Sauf pour les endives. Vous ne trouverez jamais des endives bio à moins de 6 € du kilo, c’est trop de travail. »

Source : www.lamontagne.fr

 

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