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Albert Londres, explorateur et guérisseur du monde

Les carnets économiques du territoire

Son nom résonne encore comme s'il était toujours là, la profession de journaliste le cite sans cesse comme exemple : Albert Londres.

A son retour d'Afrique, Albert Londres rédige sa célèbre maxime en se démarquant complètement des autres journalistes : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie »


Voilà quelqu'un qui a révolutionné la méthode de travail journalistique en innovant complètement le monde de l'investigation et de l'information. Il a pris un chemin différent, il a posé un regard neuf sur la société et les hommes qui la composent, un regard plus que jamais moderne. C'est dans cet esprit qu'il a décidé un jour de prendre sa valise en partant à l'aventure pour décrire le monde et ses malheurs, dénoncer ce que peu de journalistes osaient à peine évoquer. Les années 1920 et 1930 sont marquées de son empreinte et les hostilités de la guerre ont souffert sous sa plume. Il a décrit le mal africain en le cherchant à sa source, décrié le déséquilibre du monde en portant à la connaissance de tous ce qu'il recueillait personnellement sur les terres hostiles des Années folles.


Plus qu'un journaliste, un visionnaire


Dire qu'Albert Londres est simplement journaliste serait lui ôter ses qualités d'homme à la fois généreux et visionnaire, courageux et moderne, mais précurseur surtout d'un journalisme nouveau. Son regard était neuf et original ; ses mots, précis et tout aussi précieux aux yeux des lecteurs qui voyageaient à travers ses reportages, étaient inhabituels : des mots instructifs des choses du monde et de son fonctionnement. Car le reporter et infatigable voyageur qu'il était a su montrer à ses contemporains des réalités dont ils ne soupçonnaient même pas l'existence. Des réalités lointaines. De la Grèce jusqu'en Amérique du sud, en passant par les Balkans, le Vichyssois a bravé tous les dangers. Il a erré sur les fronts, côtoyé les tranchées, regardé, vu et écouté pour pouvoir transmettre les réalités de la guerre. Albert Londres est allé là où personne n'est jamais allée, il a donné la parole à ceux qui ne l'avaient pas et prêté sa plume à son époque en la décrivant ainsi sous toutes ses facettes. Les hommes sont naturellement au centre de ses textes : noirs, juifs, Africains, bagnards, forçats, prisonniers, jeunes, vieux et toutes les espèces qui composent le monde.


De Vichy où il est né, rue Besse, et après ses études au lycée de Moulins, Albert Londres commence véritablement à sillonner le monde dès 1914 comme correspondant de guerre. L'aventure sera longue : Espagne, Italie, Grèce, Allemagne, Serbie, Turquie et l'Albanie seront quelques-uns des pays de ses reportages de guerre et, face aux canons, le talentueux journaliste dégaine sa plume, sans doute son arme la plus redoutable. Cependant toujours attaché à sa ville natale et à sa famille, il n'a cessé d'écrire à ses parents en leur demandant des nouvelles de Vichy.


Son attachement à ses terres était tel qu'après être rentré de Moudros en Grèce, le reporter qui pose les mots les plus appropriés sur les paysages que fixent ses yeux de fin observateur décrit Vichy et ses environs en donnant à ses auditeurs l'envie de s'y rendre avant même d'achever de l'écouter. Il fit une intervention radiophonique dont voici un extrait : « Si je vous parlais de la vallée de Tempé, vous diriez : « Oh ! Que c'est beau » et cela parce qu'elle est en Grèce et que Virgile l'a chantée. J'ai traversé la vallée de Tempé ; évidemment, l'Olympe la domine, mais l'Olympe, vous savez, est quelque chose dans le genre du Puy-de-Dôme en moins confortable (…) Mais il y a la vallée de la Sioule. Je ne suis pas bon arpenteur pour compter les kilomètres mais, ce que je peux vous dire, c'est qu'elle est à côté de Vichy. Si Virgile revenait et qu'il vit la vallée de la Sioule, il aurait honte d'avoir perdu son temps à parler de la vallée de Tempé »


Toutes les causes sont les siennes


On peut croire qu'Albert Londres se renseignait des malheurs du monde avant de choisir ses pays de destination. Toujours à l'affût, il se sentait sans doute dans le devoir de se rendre là où l'investigation l'appelait. Ainsi, après un séjour au Japon en 1922, il s'intéresse à la Chine et à ses dérives impériales. Il brossera son portrait quelques années plus tard dans Chine en Folie , un recueil publié par Albin Michel en 1925. Une année plus tôt, il se rendit en Afrique du nord pour rencontrer quelques-uns des 3500 bagnards et son verdict était sans appel. Il s'en prit violemment dans son texte au ministre de la guerre en lui réclamant « la suppression de ces bagnes indignes de la France ». Les enquêtes d'Albert Londres s'élargirent jusqu'aux bagnes de Guyane et de Biribi avant de dénoncer une autre forme d'enfermement : les asiles. En effet, le journaliste se rend en 1925 dans différents « asiles d'aliénés » pour donner la parole à des personnes oubliées, des malades relégués au second plan. Il écrira douze articles volontairement polémistes et publiera la même année un de ses recueils les plus connus intitulé Chez les Fous . S'ensuivront bien d'autres textes et des reportages édifiants, comme Le Chemin de Buenos Aires , où le journaliste consacre une enquête à la traite des Blanches (prostituées venues d'Europe pour arpenter les trottoirs d'Amérique du Sud).


Mais son texte le plus polémique est sans doute Terre d'Ébène , une enquête approfondie consacrée à l'Afrique et dont le texte est aussi violent que la réalité à laquelle fut confronté le reporter. Naturellement Terre d'Ébène a déchaîné les passions et interpellé les plus hautes sphères des pouvoirs politiques africains (Niger, Sénégal, Congo, Togo, etc.), mais la réputation et la plume d'Albert Londres étaient à ce moment-là difficiles à remettre en cause.


Intellectuel de son temps et d'aujourd'hui, voyageur extraordinaire et visionnaire à la connaissance parfaite du monde, le nom d'Albert Londres rime avec la liberté de la presse, de la parole, de l'esprit. C'est aussi sa générosité et son amour du voisin, de l'humain et de l'humanité qui l'ont conduit à s'acharner à dire sans cesse et toujours la vérité. Là où tout le monde observait le silence en regardant les choses à distance, le Vichyssois révolté a défié la censure et les censeurs, il a énergiquement fait face à la bêtise humaine et pris tous les risques pour être au plus près de la vérité. Il était même devenu gênant tant il inquiétait l'Etat-major et le haut commandement qui ont déposé plainte contre lui pour « insolence » et « insubordination ».


Contre vents et marées, Albert Londres a finalement signé ses 110 articles écrits entre 1917 et 1918 et réunis dans un recueil on ne peut plus explicite : Contre le bourrage de crâne . Ce titre peut, à lui seul, résumer l'œuvre et la vie d'Albert Londres.



L'Association « Regarder - Agir pour Vichy et ses environs » organise les troisièmes rencontres Albert Londres qui auront lieu du 16 au 19 juin 2011.


Personnalités marquantes du journalisme, grands reporters et historiens seront présents et dialogueront avec le public tandis que projections de films, conférences, rencontres, débats…constitueront les temps forts de ce nouvel évènement mettant en valeur des sujets permanents déjà au cœur du travail du célèbre Vichyssois.


En marge de ces trois jours, une exposition , mise en œuvre du 10 juin au 20 juillet 2011 dans le hall de la source de l'Hôpital à Vichy, retracera le périple d'Albert Londres dans cette campagne d'Orient (des Dardanelles aux Balkans); on y lira les correspondances et câbles adressés à ses parents , touchant du doigt ce que vit un reporter au milieu des combats dans une région complexe au plan politique. La correspondance du caporal Jean-Baptiste Bonnet , natif de l'Allier, met en parallèle, de façon simple et émouvante, la vie d'un poilu de l'armée française d'orient.


Des animations théâtrales : FEU! -création de Procédé Zèbre- met en scène l'écriture d'Albert Londres lors d'un parcours effectué tout au long des Troisièmes Rencontres ; les Gueules Cassées , présentée par l'Ouvroir, le 25 juin au Pôle Universitaire Lardy rend hommage aux soldats défigurés de la Guerre de 14-18.



Pour en savoir plus :

Association « Regarder -Agir pour Vichy et ses environs »

Tel: 06 83 17 49 63

 

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